Qu’est-ce que la manière noire au berceau ?

Définition

La « manière noire au berceau » est une pointe sèche à rebours.
Le cuivre est traité avec le berceau de telle manière que sa surface soit couverte d’un enchevêtrement d’aspérités microscopiques : les « barbes ». Encrée et essuyée comme une pointe sèche, la plaque produit un noir profond. Gratté et poli à l’aide d’ « ébarboirs » et de « brunissoirs » de toutes tailles, ce noir est méthodiquement éclairci, jusqu’au blanc, selon le dessin.

Le berceau

Le berceau est une sorte de hachoir constitué d’une plaque d’acier emmanchée et arrondie à son extrémité. L’une de ses faces est striée dans le sens de la longueur et sur toute sa largeur par des sillons rectilignes et parallèles. L’autre face est biseautée à son extrémité. De cette manière, le tranchant de l’outil présente des dentelures microscopiques.

L’ébarboir

L’ ébarboir est une tige ogivale à trois pans, emmanchée et parfaitement aiguisée. L’un de ces pans est au contact de la plaque et doit faucher les barbes au plus près de la pointe mais sans jamais toucher de la pointe pour ne pas rayer.

Le brunissoir

Le brunissoir est une tige emmanchée, lisse et arrondie à son extrémité. Elle peut avoir une section circulaire ou aplatie comme un coupe-papier. Son rôle est d’écraser les aspérités sans enlever de matière. Le brunissoir doit glisser sans frotter sur la plaque pour ne pas la rayer. Le métal sera donc huilé au passage de l’outil.

Technique

« Bercer » consiste à faire progresser l’outil au contact de la plaque en le faisant osciller une vingtaine de fois par millimètre. Chaque oscillation produit une courte rangée de marques ponctuelles faite de métal repoussé.  Chaque bande bercée d’une extrémité de la plaque à l’autre sert de repère pour la bande voisine. Chaque fois que la surface du métal a été bercée, il faut reprendre la manœuvre, à 45° par rapport à la première, trois fois. Lorsque la plaque a été bercée quatre fois à 45°, il faut recommencer l’ensemble des berçages à 45° avec un angle différent par rapport à la première série, par exemple 30°. Il faudra recommencer dix fois l’ensemble de ces manœuvres.

L’effort soutenu des muscles de l’avant-bras et du poignet peut provoquer des tendinites. Un balancier fixé perpendiculairement au berceau le maintiendra en position sans effort. Un plan incliné sur lequel sera posée la plaque permettra d’avancer régulièrement sans effort. Reste le balancement. La régularité du berçage est la garantie de la qualité des demi-teintes. Dans le cas contraire,
des lignes croisées viennent les parasiter. Toute gestualité est exclue. L’image se révèle progressivement comme un tirage argentique. Ce procédé appelle d’ailleurs le photoréalisme. La minutie et la multiplicité des gestes nécessaires à la production d’une image en manière noire fait courir le risque d’un amollissement des formes. Concilier la fermeté du dessin, la perfection du modelé et la pureté des demi-teintes exige une main supérieure. Le graveur Pierre Albuisson est l’une d’elles.

Histoire

La manière noire au berceau, dite aussi « mezzotinte », est surtout associée à l’une des plus passionnantes avancées techniques de l’histoire de l’estampe. Actif à la charnière des XVII e et XVIII e siècle, le peintre et graveur Jakob Christoph Le Blon recherchait le moyen de dupliquer les tableaux, ce qu’on appelait le « fac-simile ». S’appuyant à la fois sur sa maîtrise de la mezzotinte et des encres, et sur sa connaissance de la théorie des couleurs de son contemporain Newton, il inventa la synthèse trichrome et la mit en pratique avec une perfection jamais dépassée. Financé par un groupe de mécènes éclairés, il devança d’un siècle l’impression photomécanique des couleurs.

 

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Patrice Vermeille
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