Qu’est-ce que l’eau-forte ?

Définition

On nomme eau-forte, l’ensemble des procédés de gravure chimique. Les mordants les plus employés sont l’acide nitrique et le chlorure ferrique en solutions aqueuses. L’eau-forte peut servir la taille d’épargne comme la taille-douce, mais c’est avec cette dernière qu’elle s’est le plus diversifiée. L’emploi le plus répandu de l’eau-forte est la morsure directe, au bain, d’un dessin à la pointe rayant un cuivre verni. Cette gravure sera ensuite tirée en taille-douce. Il est utile de savoir que le terme  « eau-forte » est employé par beaucoup d’auteurs pour désigner ce seul procédé. Mais la morsure chimique est liée à plusieurs types de gravures que nous allons examiner.

 

Techniques et procédés

L’aquatinte consiste à produire des effets comparables au lavis.
Le vernis mou est un procédé qui consiste à affaiblir la résistance d’un vernis meuble par contact. Les ingrédients de base des vernis destinés à l’eau-forte sont le plus souvent l’huile de lin cuite et le bitume auxquels on ajoute un solvant, térébenthine ou essence minérale. L’huile est le liant. Le bitume est le principe actif. Une adjonction de mastic, parfois de graisse animale, va préserver la mobilité du vernis mou. Celui-ci sera étalé au tampon de nylon sur la plaque portée à une température telle que le vernis pourra se napper sans fondre. Cette température se règle à vue. Trop froid, le vernis gardera l’empreinte du tampon. Trop chaud, il ne formera plus un film continu. Une fois refroidi, il est capable de garder votre empreinte digitale, permettant sa gravure à l’eau-forte. Ce film doit être extrêmement mince, au seuil de l’invisible, car il a pour fonction de garder la trace des détails les plus fins de l’objet qu’on presse contre lui. Des herbiers en couleurs ont été ainsi édités sans aucun dessin.

Mais le procédé le plus courant, version moderne des gravures à la manière de crayon du XVIII e siècle, consiste à dessiner sur le vernis mou à travers l’écran d’une feuille de papier tendue. Toutes les pressions du crayon ou de n’importe quel autre objet dur entraîneront des transferts de la matière du vernis mou sur le papier, faiblesses graduées et tramées par la texture de ce papier. La morsure sera surveillée exactement comme le développement d’un tirage photo argentique.

Corot et l’école de Barbizon ont donné ses lettres de noblesse au procédé. Les remorsures amplifient les possibilités de l’eau-forte, sauf du vernis mou qui ne les tolère pas. Lorsque la morsure directe est un dessin à la pointe, on peut enchevêtrer des traits de graisse différentes en alternant morsures et dessins sur un même vernis. On peut aussi, sur un même tracé, faire varier localement l’épaisseur du trait en alternant morsures et masquages au vernis, comme l’a fait si magistralement Jacques Villon. La même méthode s’applique à de vastes champs laissés à la morsure, dans un esprit différent. Ces remorsures directes laissent des traces nettes en escalier, comme certaines cartes en relief. Dépouillé entièrement ou partiellement de ses protections, le métal peut être à nouveau mordu, adoucissant ainsi ses dénivelés. Grattée, repolie, la plaque devient un véritable bas-relief aux textures variées qui, sous la main de l’imprimeur, se comportera comme un glacis sur une haute pâte.

Shoishi Hasegawa a poussé très loin la sophistication de cette démarche en y ajoutant un dessin au pinceau avec du vernis très dilué, rapidement « piqué », c’est-à-dire traversé par le mordant. Remordues ensuite sans protection avec le reste, ces écritures deviennent de très légers reliefs métalliques dans le creux, et poreux comme de la pierre ponce. Le résultat est très spécifique, comme un dessin dans le sable. À tout cela il ajoutait les roulages additifs et soustractifs du procédé Hayter. Mais ceci est une autre histoire.

Le cliché relief est le négatif des morsures directes à l’eau-forte. Ainsi, le tracé au pinceau en réserve positive et profondément mordu d’une eau-forte de Pierre Alechinsky peut devenir une réserve négative en blanc sur un fond coloré si l’on encre son cuivre au rouleau. Beaucoup d’artistes utilisent l’eau-forte comme un substitut de la gravure sur bois.

Le gillotage combine l’eau-forte comme relief et les remorsures. Il a prévalu pendant presque un siècle pour la fabrication des « clichés trait » de l’imprimerie de labeur et des rotatives typographiques. Même aujourd’hui on peut aisément se faire une idée d’un cliché trait en voyant les tampons vendus dans les magasins de jouets. Les zones imprimantes, l’ « œil », sont en haut relief afin d’éviter de maculer les grands blancs lors d’une impression mécanique. Lorsque la photogravure est entrée en scène, il était tentant de mécaniser entièrement la production. Mais la mécanique doit prendre en compte le fait suivant : l’acide agit dans toutes les directions. Une morsure forte et prolongée dans un bain ronge et finalement efface les finesses du dessin.

Au XIX e siècle, Firmin Gillot mit au point un procédé de gravure en escalier. Avec le vernis original, il produit par morsure un faible talus qui n’altère pas de manière sensible l’image. Il dépose au rouleau une encre protectrice qui va baver d’une manière sensible sur le talus. Deuxième morsure plus forte. Deuxième escalier plus accentué prêt à accueillir une encre plus baveuse encore et ainsi de suite. Lorsque le creux est suffisant, on reprend la succession des opérations en sens inverse pour supprimer les escaliers qui maculeraient l’impression. Ce labeur était encore en usage au milieu du XX e siècle. Des machines ont fini par détrôner la main de l’artisan encreur en projetant, sous haute pression et de bas en haut, un front de jets d’acide fins comme des cheveux, à la verticalité rigoureuse. La plaque était présentée à l’envers. Les sels retombaient instantanément. Cette mécanique des fluides attaquait les surfaces perpendiculaires aux jets et non les surfaces parallèles. Le creux profond se faisait donc en une seule étape. Ces machines, hélas ! ne sont presque jamais tombées entre des mains d’artistes.

 

Auteur : Patrice Vermeille

 

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