Qu’est-ce que l’aquatinte ?

Définition

L’aquatinte est un des procédés de l’eau-forte lorsque celle-ci est appliquée à l’impression en taille-douce. Il consiste à produire des effets comparables au lavis (aquatinta en italien). Dès le XVIII e siècle, en effet, se révèle en Italie le goût du fac-simile, faisant glisser progressivement la reproduction du rôle de document à celui de substitut de l’œuvre peinte ou dessinée.

 

Procédé

Pour produire un lavis d’aquatinte, la surface du métal à graver doit être recouverte de fines gouttelettes de résine résistante au mordant. Le résultat de la morsure est un maillage en creux dont on peut faire varier la profondeur et la densité. Non sans précautions, on peut superposer différents lavis.

La résine peut être une poussière de colophane ou de bitume répandue sur le métal avec un tamis. Mais la plupart du temps on utilise une « boîte à résine ». C’est une armoire dans laquelle on projette en l’air cette poussière pour la laisser retomber lentement. Bien conduite, cette méthode donne des résultats d’une exemplaire régularité. Pour y parvenir, il faut maîtriser le mélange des grains de taille différente, le moment et la durée de l’exposition à la retombée, l’entrée et la sortie de la plaque, l’intensité et la régularité du chauffage de cette
plaque qui fixera la poussière.

 

Techniques

Goya utilise l’aquatinte de la manière la plus simple. Il exécute des réserves négatives, c’est-à-dire qu’il recouvre une partie de la zone déjà mordue à l’aide d’un vernis résistant, mord à nouveau, et ainsi de suite. Il peint du clair au foncé. Les subtiles modulations de ces fonds plats sont obtenues par le jeu de ses hachures déjà gravées à la pointe.

Une autre forme de réserve négative très courante est le crayon gras, abondamment employée par Giacometti. Le dessin apparaît en blanc sur un fond teinté.

Picasso a conduit l’aquatinte à des sommets d’élégance et de sophistication. Prenons l’exemple de ses tauromachies virtuoses réalisées avec l’aide de Jacques Frélaut dans les années 1950. Les réserves, cette fois, sont positives : la partie peinte sera gravée. Il dessine au pinceau à l’aide d’un sirop de sucre qui, une fois séché, sera recouvert d’un vernis gras protecteur. Le vernis et le sucre sont hostiles l’un à l’autre. Au-dessus du sucre, le vernis présente des microfissures. La plaque étant plongée dans l’eau tiède, le sucre sera dissous à travers les fissures. Le vernis, frotté avec doigté, dégage alors le cuivre, révélant la trace du pinceau. Il reste à poser l’aquatinte et mordre au bain un fond léger. Mais ce n’est pas tout. Picasso, à l’aide d’un pinceau trempé dans un sirop visqueux de chlorure ferrique, va enluminer ses silhouettes, en mordant à même le grain. Les taches légèrement floues ainsi obtenues renforcent l’autorité de la réserve au sucre.

 

Auteur : Patrice Vermeille

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