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Gourvil : peintures dessins,
Blandine Devers

Une monographie consacrée à Olivier Gourvil, dont URDLA a édité les cinq premières lithographies en 2017, paraîtra en juin 2021 aux éditions Loco. Cette maison publie des livres qui sont à chaque fois des objets uniques, conçus en relation étroite avec l’artiste ou l’auteur, à l’image de Journal de l’œil (les globes oculaires), de Anne-Lise Broyer, disponible à la librairie de URDLA.

Un livre, c’est aussi l’idée de témoigner avec les œuvres. Olivier Gourvil

À l’occasion de la parution de cet ouvrage, dont le titre est Olivier Gourvil, peintures dessins 2004-2020, et qui fait l’objet d’une souscription jusqu’au 30 juin, l’artiste a réalisé une nouvelle lithographie à URDLA, rehaussée ensuite, qui composera un tirage de tête à 30 exemplaires. Le livre, qui traverse seize années de son parcours, met en lumière une pratique singulière et essentielle du dessin, à travers notamment deux textes d’Antonia Birnbaum et un entretien avec Guitemie Maldonado. Nous évoquions en 2017 les principales déclinaisons des cette pratique. La correspondance entre le dessin et la peinture sous-tend grandement l’œuvre, dans un va-et-vient quasi permanent. En premier lieu, le dessin est préparatoire, constitue un travail de recherche. Tantôt, il aboutit rapidement à une peinture. Tantôt, il rejoint les centaines de dessins à la dérive, non classés, non datés, que Olivier Gourvil peut reprendre, revisiter, mélanger, parfois des années après. Le tri et le classement de cet ensemble, à l’occasion de cette monographie à paraître, ont révélé « l’apparition de nouvelles structures et de nouveaux processus ». Ainsi, par exemple, le croisement de deux dessins différents – par découpage ou superposition – très fréquent jusque vers 2013, n’apparaît presque plus par la suite, au profit d’un espace renouvelé par les changements d’échelle et de perspectives, au sein d’un même tableau.

Les dessins-fantômes, apparus vers 2015 lors d’une résidence en Corée, réactivent dans des lieux, à même le mur, des tableaux absents. Ils sont ainsi de nature éphémère et toujours liés à des circonstances particulières. Olivier Gourvil travaille avec un projecteur et de l’adhésif. Le « fantôme » rend compte des lignes majeures de la peinture, sans qu’une dimension soit prédéfinie. Ainsi, l’œuvre, dans sa réplique fantôme, manifeste sa présence en signalant son absence. Ce procédé est la seule occurrence d’une démarche conceptuelle dans la pratique d’Olivier Gourvil, au sens où l’œuvre pourrait être alors réalisée par autrui.

C’est une ligne folâtre et sinueuse, très légère et fluctuante, qui s’enroule et voltige, qui se refuse à tous les effets précieux du dessin. C’est nu et sans façons. Et, bizarrement, c’est très tenu. Jean-Marc Huitorel, Une légèreté très soutenue

Parallèlement, s’est développé un dessin complètement autonome qui n’a pas pour objectif d’aller vers la peinture. Dans sa pratique de la lithographie, qui constitue pour lui une « expérience extraordinaire », Olivier Gourvil remet en jeu des dimensions propres à ces dessins autonomes, dans une forme de continuité : grande présence du geste, texture des crayons, rapidité d’exécution du tracé, … S’il a le goût de  l’improvisation, celle-ci est toujours le fruit d’une longue préparation en amont. « Le plaisir physique du geste sur le papier est renforcé par la matérialité et la sensibilité de la pierre ». Au-delà des correspondances avec les dessins autonomes, il aime les textures nouvelles que les lithographies apportent à ses images et le fait qu’elles engagent des choix différents. « Il y a une divagation, une errance dans les dessins sur papier, au moment même de les faire, que je n’ai pas en lithographie ». Sur la pierre se rejoignent au moment du tracé « des sensations éparses, provenant de plusieurs expériences des dessins autonomes. L’absence de repentir possible génère une force d’expression encore plus concentrée, exigence très stimulante, de l’ordre d’un défi dans le temps et dans l’espace, offert au geste ».

Olivier Gourvil a enseigné à l’École supérieure d’art et design Grenoble-Valence. Il a fondé en 2010 le Réseau-Peinture qui poursuit fortement sa structuration, dans la volonté notamment d’accueillir de jeunes artistes, et qui est porté depuis 2019 par l’École supérieure d’art de Rennes, en tant que mandataire. Il n’y a, selon lui, plus de conflits d’écoles aujourd’hui en matière de peinture mais plutôt un intérêt pour les points de friction et la confrontation des différences, mise en rapport et rapprochement de la recherche et des complexités, plutôt que clivage. Il s’est par ailleurs toujours intéressé aux questions d’édition. Loin de l’archétype du peintre isolé dans son atelier, il est de ceux qui entretiennent des dialogues réguliers avec leurs confrères et les « regardeurs ». La traduction en mots de ces échanges, et en langage d’un faire, nourrit nombre d’éditions dans lesquelles il s’implique de manière régulière.

Plus jeune, Olivier Gourvil avait découvert la taille-douce et la sérigraphie.  Après sa deuxième résidence à URDLA, il avoue, outre son souhait de poursuivre l’exploration lithographique, son désir désormais de se confronter à la xylogravure.

 

27. 01. 2021
Olivier Gourvil
Blandine Devers
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