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« Étranges Boucles »,
Cyrille Noirjean

à propos de  Advenances
Marc Pierret et Rémy Jacquier

 

Advenances naît de l’idée classique de la rencontre des peintres (devenus plasticiens) avec les œuvres littéraires. En apparence l’image (considérons ici la sculpture aussi dans sa dimension imaginaire) fabriquée par des mains est éloignée de l’image mentale, de la vue de l’esprit que les mots construisent tant la matière de l’une et de l’autre semble relever de deux mondes séparés. Pourtant, à s’extraire d’une pensée de la sphère, les liens, les connexions apparaissent et jalonnent l’histoire de l’art. Odilon Redon s’est emparé des textes de Poe, de Baudelaire et de Flaubert pour en restituer le vif et le tranchant dans des dessins et des lithographies que l’on nomme illustrations. Il faut s’entendre sur ce terme souvent dévalorisé par une pratique élémentaire voire simpliste. Odilon Redon illustre ces auteurs, c’est-à-dire qu’il les lit et transporte la texture du texte dans une image qui n’évacue pas sa propre singularité de peintre et graveur. Il s’agit dès lors d’une lecture, d’une interprétation faite en image et qui fait image (qui fait sens).

 

Rémy Jacquier s’attache dans sa pratique à révéler les jeux de langue qui prennent forme dans la plasticité des dessins et des volumes, par exemple son travail à partir de la « Lettre aux aveugles » de Diderot, transcrite en de grands dessins qui se servent de la notation braille débarrassée de la tactilité puis transposée grâce à la correspondance du braille alphabétique et musical en une partition. Lettre aux aveugles à voir et à entendre.
Marc Pierret, depuis « Donnant, Donnant » (Christian Bourgois, 1968), construit ses romans sur un glissement similaire à partir des mots qui servent l’histoire racontée. Le glissement se double : d’une part le jeu de la lettre ou de la métonymie qui fait entendre un ailleurs, un autre sens qui sert ensuite au filage de la métaphore. Sourire en coin chez l’un et l’autre qui contamine le lecteur et le regardeur attentif.

Pierret et Jacquier auraient pu se rencontrer, ça ne s’est pas fait. Jacquier lit Pierret et goûte le style de l’auteur en écho au sien. À la mort de Marc Pierret en 2017, URDLA avait abandonné la publication d’ouvrages destinés à la librairie laissant l’auteur né en 1929 sans éditeur après les trois publications de « Six mois après », « Le Lymphome d’Hazebelq » et « Une Plume épatante » qui furent, à notre échelle, des succès. Pourtant nous disposions d’un texte ancien que Pierret s’était décidé quelques années auparavant à remanier, à réécrire pour le destiner à la publication : « La Vie hors-sac. » Des dires de certains proches et de quelques éditeurs c’était impubliable. Qui pourrait s’intéresser à ce texte qui met en regard le journal du père de Pierret, le cahier Jupiter, rédigé entre le 15 mai et le 3 septembre 1940 et celui du fils, 15 mai et 3 septembre 1975. Lorsque Pierret reprend ce vieux dossier, la France n’a pas encore élu un président qu’on dira jupitérien, il est fort à parier qu’il aurait une place dans l’ouvrage. 

URDLA ne publie plus de livres, mais la fabrication d’images à partir des techniques ancestrales de l’image imprimée mises au service du désir des artistes d’aujourd’hui demeure le cœur qui anime son activité. Dès lors confier à Rémy Jacquier le projet d’illustrer « La Vie hors-sac » à l’échelle d’une exposition paraissait d’évidence. Il est entendu que la visée n’est pas un livre illustré (ni les gravures, ni des photographies de l’exposition ne seront reproduites dans l’ouvrage édité sous peu par les Éditions Hippocampe), mais bien de manifester à la fois l’écart irréductible entre la littérature et les arts plastiques et la proximité des créations cosa mentale non seulement en dépit de cet écart, mais grâce à lui.

Rémy Jacquier s’est mis au travail sur quatorze gravures plus une avec les techniques mêlées d’eau-forte, d’aquatinte et de pointe sèche qu’il affectionne (pour preuve l’important catalogue d’estampes dont URDLA dispose et qu’il a réalisées depuis 1998). Pourtant contrairement à son accoutumée ce n’est pas dans la structure même de la langue de Pierret qu’il est allé cherché les motifs de départ. Sans aucun doute parce que le travail que Pierret impose à la langue est dans une trop grande proximité avec celui, plastique, de Jacquier. Aussi c’est dans les motifs du récit qu’il choisit ses points d’accroche dépliant dans la possibilité de l’infini le double et le rebond. Le double du journal du père et du fils est inscrit dans le format des plaques de cuivre qui est celui des carnets de croquis de Jacquier. La binarité de l’encre : noire et rouge évoque l’outil que l’artiste utilise dans ses carnets : le stylo à bille ; mais aussi la couleur des enveloppes tamponnées d’un « Hors-sac » noir par Pierret père pour l’envoi de ces articles à La Croix du nord. Le glissement métonymique qui rend possible la métaphore s’aperçoit dans le mouvement de l’image au titre par exemple : « H. S. », « Définitivement H. S. » et « Hors service » ou bien « Réseau 466. » La tentative est de réaliser un équivalent du texte avec la série, ainsi ne se clôt-elle pas mais se boucle-t-elle à la manière de certaines des compositions de Bach, « L’Offrande musicale », en une boucle infinie : c’est à partir d’une fugue que Friederich-le-Grand lui a joué que Bach compose en canon son offrande (glissement et rebond). Dans un autre registre on pense aux boucles infinies d’Escher.

Nous laisserons les regardeurs de l’exposition et les lecteurs du livre à venir repérer comment Pierret et Jacquier savent faire accueil à la contingence qui bruisse dans la langue au-delà de la seule série des gravures puisque l’exposition présente de grands dessins au fusain, des volumes et des dessins au pastel. Le titre de l’exposition, choisi par Rémy Jacquier, Advenances, indique ce faire avec ce qui advient, avec ce coup agréable ou non mais qui nécessite d’être lu. « C’est la seule rue. Elle divise Lussas entre le nord et le sud. Elle est coupée à angle droit par la route de Darbres à Lavilledieu qui longe l’église fondée au sixième siècle par Saint Venance ; deux fois reconstruite, au douzième puis au dix-neuvième…
» L’avenance. Ce qui advient. Dans cette acception, je trouve ce substantif féminin chez Nicole de La Chesnaye, un écrivain contemporain de Villon… Ce qui advient ? La vie hors sac. Un projet de livre d’abord, qui s’est appelé L’Ordinaire comateux, présenté en 1975 au Centre national des lettres. Puis un gros manuscrit informe, deux fois reconstruit lui aussi, laissé en vacance plusieurs décennies et repris à nouveau. Vous allez voir comment. »

 

14 septembre 2021

URDLA

Cyrille Noirjean

Marc Pierret
par Henri Skibinski©

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