Forêts inconnues, Damien Deroubaix

Le 27 février dernier, la Librairie Michel Descours, en partenariat avec la Fondation Salomon, accueillait Damien Deroubaix et Laurent Busine pour une présentation de l’ouvrage paru à la suite de l’exposition à Annecy, Une cabane. Le livre est disponible aux éditions Hippocampe sur le site de la librairie.

Dans le même temps, la Galerie In Situ Fabienne Leclerc, désormais installée à Romainville présentait Feeble screams from forests unknown, la nouvelle exposition monographique de Damien Deroubaix prolongée jusqu’au 17 mai 2020 et donc à découvrir encore à l’issue du confinement. Les nouveaux espaces de la galerie comptent trois niveaux. Le premier était dédié aux dessins frottages et bois gravés. Les deux autres niveaux accueillent peintures et sculptures de Damien Deroubaix. Un texte de Natacha Pugnet accompagne la proposition et fait l’objet d’un catalogue disponible auprès de la galerie.

L’œuvre de Damien Deroubaix est faite de ramifications, d’échos, de métamorphoses et d’anamorphoses. Ainsi se déclinent des Vénus préhistoriques dont on pouvait déjà identifier la présence dans The Painter 1 et The Painter 3, xylogravures de 1,60 par 1,20 mètre, imprimées sur la presse monumentale d’URDLA avec qui il collabore depuis plus de vingt ans (voir le catalogue en ligne).

Les motifs végétaux se développent dans une gestuelle-oxymore qui contient aussi bien la violence criante du monde – des corps nus, criblés de balles – qu’une ode permanente à la vie et au désir. L’on plonge dans une cosmogonie hantée de spectres qui, dans leur singularité, prennent des dimensions de mythes universels. La promenade du regardeur pourrait être celle d’Orphée ; elle offre dans le même temps le possible d’une halte au pied d’un tronc, de se réchauffer auprès d’un feu. « Créant ses propres liaisons entre des signes exogènes, le peintre se mesure certes à ses prédécesseurs mais il nous entretient également d’histoires partagées, faites de convictions, d’aveuglements et d’espérances communes. Au fond quelle qu’en soient les formes, s’y manifeste un désir de transcendance proprement humain. […] Rempart contre l’univocité, la capacité de la métaphore à “ dévoiler ”, pour reprendre un terme de l’artiste, a été éprouvée de longue date. Il ne s’agit ici ni de “ message ” à délivrer ni d’histoire à conter. D’énigmatiques formes, semblant émaner des figures et les liant à l’espace de la représentation, flottent tels des fantômes. Doubles immatériels, elles renvoient parfois un sombre reflet. Aux Vanités, Damien Deroubaix peut donner l’apparence des fantasmagories les plus crues, mais aussi les plus humaines ». (Natacha Pugnet)

« Damien Deroubaix est, parmi les artistes nés dans les années 70 (avec Rémy Jacquier, par exemple), l’un de ceux qui portent les pratiques de l’estampe à un haut niveau d’exigence et ont ouvert un regard nouveau sur des techniques trop souvent renvoyées à l’artisanat. […] Le va-et-vient des aquarelles, des peintures et des sculptures à l’estampe, […] constitue l’œuvre plastique. Dès lors impossible d’envisager la pratique du multiple imprimé à côté de l’œuvre picturale : l’une et l’autre se nourrissent, se répondent », rappelle Cyrille Noirjean. L’on retrouve à la galerie des collages de fragments d’estampes dans les peintures, de possibles matrices en bois qui deviennent tableaux.

Dans quelques mois, en ce qui concerne son actualité française, après une exposition au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne et au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg en 2019, et avant la Fondation Leclerc, en Bretagne, en partenariat avec la Bibliothèque Nationale de France, en 2021, Damien Deroubaix investira le Musée de la chasse à Paris.

31 mars 2020
Blandine Devers

Courtesy de l’artiste et Galerie In Situ – fabienne leclerc, Grand Paris

© Thomas Lannes

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