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Sotavento, Alan Romeira & Cyrille Noirjean

L’Union des Romeira Domiciliants Loin de l’Algarve n’est pas une fiction. Elle relève de ces récits familiaux qui sont à l’Histoire ce que leurs labeurs sont à la gloire. Enfin, pas tout à fait — ou pas seulement. Il y a, dans la mine des vies ordinaires, une graisse assez forte pour recouvrir les récits mythiques et normalisés. D’un charbon aussi noir que les souffrances cachées par le culte national protecteur, oubliées par les vivants. Voilà ce qu’il en est sur le papier : une tentative sûrement perdue, une peine tant retrouvée. Et pourtant, dans un chaos plus proche que les souvenirs, ces derniers apparaissent. Des présences s’insérant dans le simili comme pour freiner ou appuyer, se figeant indépendamment de l’intention. Elles marquent leurs touches par l’erreur, l’accident et l’incontrôlable.

La vérité a structure de fiction, la formule répond à une autre du même : l’inconscient est structuré comme un langage. Qu’est-ce à dire sinon que ce qui anime le plus intime d’un sujet est la prosodie, cette mélopée radicalement singulière, de la langue qu’on dit maternelle. Ce chant intime, qui est aussi en partage – extime –, constitue la culture. Peut-être est-ce précisément parce qu’elles sont écartées du champ officiel de la parole qui prend le pouvoir, que les minorités vernaculaires conservent dans la vie, le chant et la musique qui vibrent les corps bien au-delà des frontières nationales. Malgré les accrocs et les accidents individuels, la prosodie et la mélopée vivent au-delà du territoire, au-delà de la topographie.

Aux côtés de pavillons et de plaques dorées, surélevées par une propre langue, les épopées se croisent. Elles superposent leurs existences pour accroître la complexité des décisions prises. Les retours d’une migration familiale charrient souvent, dans leur sillage, une part de mesquinerie ordinaire. Cette tendance n’a pour effet que d’apparaître désemparée aux yeux de la mémoire collective internationale. Ainsi elle pardonne, dans le moindre des cas, la faute à qui que ce soit, tout en posant un regard de pitié sur le bas de la pyramide.

Chaque singularité s’articule et se forge de cette intimité radicale mais contrainte par les discours dominants du temps. Que se passe-t-il pour chaque sujet dans le passage d’une langue à une autre, d’un paysage à un autre, d’un pays à un autre, c’est-à-dire d’un récit à un autre.Cet écart, ce trou comment se transmet-il aux générations suivantes ? Que deviennent les points d’interrogations et les trous intrinsèques à tout groupe social, à une famille lors de ce déplacement ? Comment écrire un mythe nouveau ?

Une étude à la plume permet de voir : dès la première page se dresse une minéralisation géographique, entourée d’une doctrine qui alimente les contes historiques dédouanant les mises en cause. À la fin, au-dessus d’un désert sans nom d’autres envahisseurs, les portraits singuliers signent un livre et paraphent une partie qui nous est réservée. Si certain·e·s ont pu écrire les bases d’une nation sur leur acte de gloire, la place pour quiconque de faire de même est alors plausible.

C’est à cette lente écriture studieuse qu’invite Alan Romeira. En lisant en écrivant. Une écriture qui s’extrait de la lecture attentive de l’album photo de la grand-mère. Sous les plastiques transparents à la colle séchée par le temps, des visages connus, reconnus & inconnus, en noir et blanc ou en couleurs, des questions, des voisinages d’époques éloignées dans le temps, une multitude d’indices et de traces qui sont des points d’appui. Dans Les Photos d’Alix, le jeune homme, Boris Eustache, questionne Alix Cléo Roubaud sur ses photographies, leurs sens, leurs significations, ce qu’elle a voulu prendre. Doucement, insidieusement l’image et le son déraillent.

C’est ainsi qu’est née L’Union des Romeira Domiciliants Loin de l’Algarve. Dans cette question du mérite à l’élévation suprême, où l’héroïsme se présente dans le spectre des autres, et les minorités en font partie. Les plus assoiffé·e·s d’admiration à leur égard diront qu’écrire le quart d’un pamphlet ne suffit pas pour s’opposer. Ces mêmes révolutionnaires intellectuel·le·s autrefois éxilé·e·s rejettent toute action familio-individualiste comme légitime au gain d’une médaille. Pourtant, il y a, dans le geste même de quitter un état et d’en rejoindre un autre — sans pour autant répandre soit dit en passant les conditions de vie fuies — l’acte d’opposition. Les présences et les silences témoignent aussi bien que des lignes dans une reliure à la couverture rouge.

L’image et le son déraillent ? Le montage est autre pour être plus précis. Il n’est pas moins vrai, ni moins réaliste. Les trous, les manques et par là-même les désignations se sont déplacées. Mais le récit qui ainsi surgit, se pare de la même valeur pour ceux qui l’écrive en le lisant. Un ailleurs se constitue ; il devient un heim nouveau, couleurs de langues et d’images nouvelles. Parfois se cristallise dans l’image un élément venu de cet intime devenu lointain. Trace décalée, qui semble appartenir à d’autres rails.
Et pourtant un œillet en plastique est-il moins œillet qu’un autre ?

Alan Romeira & Cyrille Noirjean
28 janvier 2026

 

28. I. 2026
Alan Romeira
Alan Romeira & Cyrille Noirjean

crédit : Alan Romeira, 41 ; 45, 2025, lithographie & linogravure, 28,2 x 23 cm, 16 ex./ vélin de Rives, URDLA imprimeur & éditeur

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