Bon Cadeau

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Revivront-ils encore les mêmes délires?

Daniel Nadaud
ref. 1505
  • Technique : Lithographie
  • Dimensions : 50 x 65 cm
  • Tirages : 20 exemplaires, numérotés et signés
  • Papier : Papier millimétré
  • Année : 2015
  • Documents : Facture et certificat d’authenticité

valeur : 400.– €

Expédition dans la semaine

cadre non fourni

Daniel Nadaud

De Daniel Nadaud, je ne devrais pas pouvoir dire plus d’un mot d’éloignement. À l’école primaire, puis au collège, nous formions déjà toute une bande à nous deux. Déterminés, nous frappions victorieusement et sans retenue tous ceux qui, même plus grands et plus nombreux, nous cherchaient querelle. Quelques années plus tard, nous séchions l’école par les après-midi ensoleillés.

Nous allions, courant çà et là, et, dans notre banlieue pavillonnaire, nous nous faisions à tour de rôle la courte échelle devant les arbustes plus ou moins bien taillés des jardinets à l’abri desquels, en été, les femmes et les belles jeunes filles dénudées prennent leur bain de soleil sur des pelouses parsemées de violettes et de crocus, des pelouses plus souples et plus profondes que les tapis d’Ispahan. Daniel se donnait de l’élan, puis, prenant prestement appui dans mes mains croisées d’un pied dont j’accompagnais l’envol, il effectuait un saut périlleux qui le projetait en un bond jusqu’au abords des demoiselles…

L’art du saut périlleux avant comme arrière, voire sur le côté, a si peu de secret pour D. N. qu’il peut donner à son bond des trajectoires extraordinaires. Ainsi, le corps recouvert de peinture phosphorescente, il est, aujourd’hui, capable de tracer en sautant dans la nuit aussi bien la forme d’un aigle que celle d’un hélicoptère, d’une panthère ou d’un ramoneur. La critique, reprenant l’expression que Carlyle appliquait à la peinture, parle à son propos de « poésie muette ». Ses bonds ne ressemblent en  rien à des numéros de cirque : ce sont des évolutions mentale qui suscitent chez leurs spectateurs des visions, parfois peu rassurantes : ainsi ai-je vu un biplan lumineux tracé par l’envol de D. N. éclairer l’image persistante d’un amoncellement de cadavres suspendus au centre d’une toile d’araignée dans laquelle une épeire géante pondait ses œufs.

Comme pour faire mentir ceux qui déjà le voient vêtu du costume martial et cabossé de l’aventurier, D. N. aime pratiquer la pêche à la ligne. Pas même la pêche hauturière, ou la pêche au gros, la pêche en rivière, avec gaule et strapontin. Il prétend que, si cette pêche semble ne réclamer que de la patience, elle est aussi la seule qui permette un accord secret avec le poisson, ablette, goujon, tanche. Je fus témoin de cette secrète connivence. C’était par une belle journée de fin de printemps. Nous avions déniché un coin ombreux au bord de l’Oise. Après quelques heures, D. N. avait déjà pêché une dizaine de poissons de belle taille, tandis que je ne pouvais me vanter, moi, d’aucune prise, pas même modeste. Il était presque midi. Daniel releva sa ligne dont il projetait de modifier le plombage, et déclara : « Je vais faire quelques sauts. » Il voulait profiter de la proximité des arbres pour se faufiler d’un bond fluide entre les basses branches de plusieurs arbres (et non pas de branche en branche, comme fait le gibbon chantant dans la canopée). Il exécutait ainsi, tout en souplesse, une sorte de slalom horizontal, afin de se mettre en appétit. Je projetai de le laisser seul déplier et dresser notre table de camping, déballer et disposer notre casse-croute et déboucher les bouteilles de chablis que nous avions mis à fraîchir dans le courant, attachées à une basse branche par une ficelle. Je n’étais que trop heureux d’avoir enfin la rivière pour moi tout seul.  C’est au bout d’un long moment pendant lequel je ne quittai pas des yeux mon bouchon, résolument immobile, qu’une belle tanche, luisante, encore partiellement couverte de la vase qui lui servait de courtepointe au fond de l’eau, sortit du fleuve sa tête ensommeillée et me demanda : « Alors, déjà parti, votre copain ? »

À l’URDLA, Daniel est réputé pour avoir su remonter de la rivière qui traverse l’atelier, et dont le courant fait tourner sans effort les roues des presses lithographiques, plusieurs truites admirables et même un saumon.

Jean-Claude Silbermann

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