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À la croisée des signes ?

Jacques Villeglé
ref. 9220
  • Technique : Lithographie
  • Dimensions : 50 x 65 cm
  • Tirages : 34 exemplaires, numérotés et signés
  • Papier : vélin de Rives
  • Année : 1992
  • Documents : Facture et certificat d’authenticité

Valeur : 400.– €

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Jacques Villeglé

Jacques Villeglé est une figure marquante de la scène artistique contemporaine. En 1960, il est l’un des initiateurs du Nouveau Réalisme. Il engage avec Raymond Hains la création de ce qu’ils appellent « affiches lacérées » : ces compositions de textes et d'images déchirées prises dans la rue témoignent d'un lieu et d'un temps. 

Cette série s’achève en 2003 avec une dernière série réalisée à Buenos Aires. Villeglé développe parallèlement, dès 1969, une recherche sur les « alphabets socio-politiques » : un travail de ré-écriture de textes dans lesquels chaque lettre est remplacée par un signe marqué par l’histoire ou prélevé dans le quotidien (le S devient $, le X se fait croix gammée, le E deviendra € ...). Le texte source voyage ainsi vers d'autres chemins, son propos étant confronté avec d'autres strates de l'histoire.

En 2009, invité à montrer mes dessins au Centre Saint-Louis-des-Français, à Rome, j'y rencontre Jacques qui me demande de l'aider à peindre sur un mur une retranscription d'un texte de Rimbaud. Je fus alors impressionné par l’engagement dont il faisait preuve. Il me confia que ses recherches autour des signes socio-politiques lui permettaient de redevenir un « jeune artiste » de quatre-vingt-trois ans.  Je le retrouvai en 2013, lorsque nous avons été invités par la revue Entre à exposer nos œuvres en duo au Laboratoire de la création, à Paris. Lors de la préparation de cette exposition, Glyphes animés, il nous lut dans son atelier un texte de Jaime Sabartés sur Picasso qui l'avait engagé dans cette voie. Ce texte fut d’ailleurs exposé dans le cadre de notre exposition : « Picasso veut utiliser tous les mots possibles, les verbes et toutes les défroques du langage […] transformer le langage en une matière plastique et en faire quelque chose qui ne ressemble plus au flot verbal sortant des lèvres. Mais le mot est aussi malicieux que la couleur et parfois plus ; il se dérobe et rien ne peut le retenir à temps. » En attirant l’attention sur ce texte, Jacques Villeglé soulignait cette idée forte de Picasso : on peut « faire de la peinture en écrivant un texte ». 

Marie-Claude et Max Schoendorff l’ayant invité, au début des années 90, à réaliser ses premières lithographies à l'URDLA, il y travaille à plusieurs reprises avec Marc Melzassard dont il apprécie la collaboration. Plusieurs de ces compositions réinterprètent en écriture socio-politique une série de textes : « Élie Faure » (1992), « À̀ la croisée des signes » (1992), « Hypermnésie » (1993), « La guérilla des é́critures » (1992). En 1996, il interprète un texte de Vladimir Jankélévitch (Le Pur et l’Impur), faisant résonner la composition graphique avec le texte du philosophe. Cette œuvre joue sur le lien entre écriture, au sens noble du terme, et graffiti, cette écriture « sale » venant de la rue. Toujours à l’URDLA, Jacques Villeglé a développé une recherche sur les « carrés magiques » qui s’inspire à la fois des mathématiques, de la tradition artistique (Dürer, Malevitch) ou littéraire (Perec). En 1993, il crée un « Sator », composition équilibrée sous la forme d'une grille de cinq lignes et cinq colonnes pouvant être lue de haut en bas, de bas en haut, de gauche à droite, de droite à gauche, puis en 1996, une interprétation d’un carré de onze lignes et onze lettres : « Alphabet Perec, 1976 ». 

Mêlant publicité et typographie, politique et littérature, Jacques Villeglé interroge notre mémoire, fait dialoguer les cultures et les écritures, des murs de nos rues aux étagères de sa bibliothèque. Il est ainsi de plain-pied avec les pratiques artistiques les plus contemporaines.

Nicolas Aiello

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