LPA, Zumbrunnen & Zheng

En mai 1969, sous l’impulsion de Louis Pradel, Lyon Parc Auto voit le jour. La réalisation du premier parking est confiée l’année suivante à l’architecte suisse Jean Zumbrunnen, qui travaille à la rénovation du quartier de la Part-Dieu. Les constructions de cet élève de Le Corbusier, qui s’émancipe du cadre théorique rigide de son maître en revendiquant une filiation à Mies van der Rohe marquent durablement la part-dieu en expansion, jusqu’à influer sur les constructions des autres architectes au travail. Si les matériaux utilisés pour la façade du parking riment avec ceux de l’immeuble Moncey-Nord, la structure en silo et la longue spirale qui serpente rompent avec ses lignes droites. Grâce aux derniers aménagements du quartier, les bâtiments de Zumbrunnen s’érigent dans un paysage urbain allégé et font valoir toute leur rigueur.

En mai 2019, l’année où LPA fête ses cinquante ans, le parking des Halles rouvre au terme de longs moins de travaux et de réhabilitation. Outre les nécessités liés aux standards actuels de LPA quant à ses parking, la transformation majeure, portée par Louis Pelaez, président de LPA, tient dans l’aménagement du toit-terrasse. Poursuivant la présence des artistes dans les parking de la Métropole, et plaçant la création contemporaine dans la cité et dans la vie quoditienne se constitue un véritable parcours : Lawrence Weiner, Philippe Favier, François Morellet, Matt Mullican, Peter Downsbrough…

Un trio a été composé pour le parking des Halles : William Wilmotte, architecte en charge du projet, Mengzhi Zheng, artiste lauréat du concours et Anne-Laure Giroud Paysagiste. L’intervention d’un plasticien dans l’espace public rejoue à chaque fois des enjeux esthétique et éthique qui renouvellent les questions qu’ont posées plusieurs mouvement artistiques du XXe siècle liées à l’art dans la vie : les relations à l’environnement, au public sont, chaque fois, à réinventer. Précisément pour Mengzhi Zheng dont le travail plastique (sculpture, installations et dessins) tracent des lieux à la frontière de l’habitat et de l’espace non-habité. Deux gestes de nature hétérogène président à sa proposition. D’abord, il souligne, et double les deux éléments emblématiques de la construction de Zumbrunnen : l’escalier blanc accolé à l’hélicoïde en béton désactivé. Et puis par l’installation – au sens architectural et plastique – d’une dizaine de modules sur le toit terrasse. S’y reconnaissent les lignes, l’encadrement d’une vue, qui laissent sa place au Vide-Médian et constituent la pratique de Zheng telle que le public a pu la rencontrer lors des expositions en résonance avec la biennale d’art contemporain de Lyon 2015, Le parfait flâneur, organisée par le Palais de Tokyo à la Halle Girard, ou Passage à la Capitainerie ; dans Pli/Dépli présenté pour la première fois à la Galerie Georges-Verney Carron (Lyon), acquise par l’IAC (Villeurbanne) ou dans ses maquettes telles que URDLA a pu les montrer en 2016. Ici, les espaces seront habités par le passage des visiteurs qui flâneront sur le toit, découvrant une vue inédite sur la cité.

La concomitance de la réouverture du parking et de la présence de Mengzhi Zheng la Biennale d’art contemporain de Lyon, dès septembre 2019 offre précisément les possibilités de la circulation entre les lieux voués à la monstration de l’art d’aujourd’hui et les lieux de la vie quotidienne.

Cyrille Noirjean
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