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Cinq portraits de Lol

Fabrice Pataut
5 lithographies en couleurs, (4 sur vélin de Rives, 1 sur rhodacote) 54 x 36 cm, 44 ex.
  • Année : 1992
  • Documents : Facture et certificat d’authenticité

Valeur : 950.– €

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cadre non fourni

Fabrice Pataut

Tout jeune, Fabrice Pataut connut la notoriété comme doubleur. Non seulement grâce à sa faculté de reproduire en français, avec justesse, les intonations et les nuances des sentiments et des émotions des acteurs étrangers dont il incarnait les voix (toutes les voix, y compris les voix féminines), mais surtout en raison du parfait mimétisme de ses traductions.

Dans Trafic dans la terreur, par exemple, alors que Volodimyr Palahniuk (Jack Palance), ivre et menaçant devant un comptoir, grommelle à l’adresse de la charmante  barmaid qui lui a prudemment subtilisé son verre de bourbon le fameux : «  Where is my ale ? », repris depuis par tous les buveurs de whisky du monde, F. P. lui fait dire en français : « Où erre Ismaël ? » C’est ainsi que les amateurs de récits houleux, au nombre desquels je me compte avec tous les membres de l’URDLA en âge d’avoir vu ce film, ont eu le plaisir d’assister, parallèlement au film visuel, à un « film sonore » dans lequel les mouvements des organes phonateurs des comédiens américains s’ajustaient impeccablement à la v.f. pour raconter une  histoire sans aucun rapport avec le déroulement des images, ouvrant ainsi à l’esprit d’interprétation un vaste champ d’exercices et de controverses.

Ce talent peu commun conduisit Pataut à créer la Société Glissante… (Société Glissante de Doublure Généralisée), la première du genre, et à ce jour la seule qui, loin de se contenter du son et de l’image filmiques, se propose d’intervenir, parallèlement au cours des choses, pour desserrer les écrous de la prédestination. Lorsque la Société Glissante… ne peut agir directement sur des faits trop rigides, elle s’efforce alors de modifier la perception que l’on en a. Prenant appui sur la thèse fondamentale de l’évêque Berkeley qui, dans son Common-place Book affirmait (en 1705, déjà) que : « Rien ne saurait être pensé comme indépendamment de la pensée », F. P. coupa le bras gauche (inutilisable, à la suite d’une chute d’éléphant) d’un petit bonhomme qui, dans les vestiaires d’un club de tennis, était parvenu à glisser l’index dans la culotte d’une jeune fille intacte et tentait d’y joindre le pouce qu’il avait placé dans son petit anus : « Un homme au ban de la société, amputé d’un bras moins utile que son symétrique jumeau, a bien le droit de finir sa soupe sans avoir à supporter les commentaires de ses voisins », déclara F. P., coupant  court à toute explication, allusive ou non. Mais un de ses tours, le plus subtil il me semble, fut d’avoir fait, comme par mégarde, disparaître dans le Rhin, avec la complicité presque involontaire d’un couple de jeunes amants tourmentés, huit nageurs, ni plus ni moins (le lecteur désireux d’en savoir d’avantage voudra bien se reporter au dossier intitulé Le Cas Perenfeld). Lorsque ses activités ne peuvent s’afficher au grand jour, F. P trouve refuge à la pension ça presse. La volatilité du mobilier et la finesse des cloisons font le charme de ce lieu bien tenu. C’est là qu’il lui est arrivé tout récemment d’évoquer après dîner, alors que la sommelière, Marie-Claude, offrait des armagnacs à la table d’hôtes, la mort de son père, Kez, au cours du triste et terrible voyage qu’il fit, pieds nus et « sans bâton », depuis Tibériade jusqu’au Veau d’Or qui, disait-il : « … brûlait devant nous au soleil du soir tant sa matière était sans mélange ». C’était il y a longtemps, mais c’était aujourd’hui, dans la doublure du temps. 

Jean-Claude Silbermann

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