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Peinture civile comme guerre civile

Jean-Michel Alberola
  • Technique : 7 lithographies
  • Papier : sous emboîtage de Dermont-Duval
  • Année : 1985
  • Dimension : 54 x 32
  • Documents : Facture et certificat d’authenticité
Oeuvre non disponible

cadre non fourni

Jean-Michel Alberola

L’œuvre d’Alberola apparaît au début des années 1980, en pleine vogue du retour à la peinture qui caractérise cette décennie. Les jeunes peintres d’alors s’engagent dans des stratégies figuratives, et la peinture leur sert à incarner un rejet des courants conceptuel et minimaliste. Cette nouvelle sensibilité prend des formes variées dans le monde occidental, même si on n’en retient souvent que l’anti-intellectualisme provocateur et décomplexé de la Figuration libre.

Légèrement plus âgé que ces peintres, Alberola ne puise pas aux mêmes sources. Il use des mécanismes postmodernes tels que la réappropriation et la citation, et les traces autobiographiques, rejetées par la génération précédente, abondent dans ses compositions. Il développe sur la toile des scènes tirées de la mythologie et de l’histoire, notamment le mythe d’Actéon : ce chasseur, qui devient l’ampliation d’Alberola, pour avoir aperçu Diane au bain, est transformé en cerf par la déesse et dévoré par sa meute de chiens. Peu à peu, Alberola lui assigne le rôle métaphorique du peintre, privé de parole pour être celui qui a vu. Puis il endosse son identité, signant désormais Actéon fecit, Actéon pinxit, dixit, invenit…, et évoque le personnage par des andouillers esquissés sur la toile. Le sujet biblique de Suzanne et les vieillards est une autre thématique privilégiée par Alberola, formant une dialectique avec Actéon : regard coupable, regard puni. D’autres allusions - à l’Afrique où il est né, représentée par un triangle, à ses ascendances espagnoles, à des écrivains, à des peintres – se rencontrent sur des tableaux composites, traversés par un système de correspondances et d’énigmes, mêlant texte et peinture. 

Invité à l’URDLA en 1984 par Patrice Forest, Alberola crée cinq lithographies et un livre de bibliophilie. 

Les deux grandes lithographies sur fond rouge se présentent comme un système de références picturales : sur chacune, un visage de femme, traité de manière classique au crayon lithographique, est entouré de détails ébauchés : parure, coiffure, andouillers de cerf, le profil d’un vieillard et une coulure blanche qui emprunte au vocabulaire abstrait. Ces planches à l’atmosphère précieuse sont mises à distance ironiquement par le mot manuscrit REMAKE et la déclaration : Paolo Caliari pinxit. Cette allusion à Paolo Caliari - Veronese - fait du peintre de 1985 le descendant d’une corporation ancestrale, et de sa peinture, un avatar de l’histoire des formes conçue comme une continuité. Alberola ajoute même son pseudonyme imprimé à l’envers (effet facilité par la lithographie) : Actéon fecit. L’autre série de lithographies réalisées à l’URDLA est formée de trois formats étroits et verticaux occupés aux deux tiers par un aplat noir. La partie inférieure dévoile avec drôlerie des jambes de toreros, exécutant des figures ou assis sur une chaise (sans doute une allusion à la Bravoure de Martincho de Goya). Chaque planche porte un nom de ville : Lyon, Londres, Le Havre, dont on imagine des ressorts autobiographiques, Lyon étant la ville où se situait l’URDLA en 1985, et Le Havre celle où habitait alors Alberola. 

L’allusion au monde très codifié de la tauromachie, qui a fasciné des figures tutélaires de la peinture, résonne fortement dans l’œuvre d’Alberola, qui place son travail à l’intérieur de métarécits lourds de traditions et de cultures qui traversent son histoire personnelle. 

Animé par le même esprit de rassemblement fécond, le livre lithographié Peinture civile comme guerre civile compile les références et les allusions jusqu’à n’être qu’une longue métaphore stylisée et allusive. L’hypothèse de l’artiste révolutionnaire est fortement agitée au fil des pages, à travers des documents de l’histoire d’Espagne : l’anarchiste Buenaventura Durruti (1896-1936), le nationaliste basque Manuel de Irujo (1891-1981) sont représentés et une épigraphe interpelle : « Peintres, où est passé votre courage ? ». De même, Alberola transforme la phrase de Cézanne « je vous dois la vérité en peinture » en « je vous dois la méchanceté en peinture », assignant à l’artiste, mais aussi à la peinture, un rôle subversif.

Françoise Lonardoni

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