{"id":5188,"date":"2021-09-21T17:46:32","date_gmt":"2021-09-21T15:46:32","guid":{"rendered":"https:\/\/urdla.com\/blog\/?p=5188"},"modified":"2021-10-12T14:37:17","modified_gmt":"2021-10-12T12:37:17","slug":"etranges-boucles-cyrille-noirjean","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/urdla.com\/blog\/etranges-boucles-cyrille-noirjean\/","title":{"rendered":"\u00ab \u00c9tranges Boucles \u00bb, <\/br> Cyrille Noirjean"},"content":{"rendered":"<h4>\u00e0 propos de\u00a0 <em>Advenances<\/em><br \/>\nMarc Pierret et R\u00e9my Jacquier<\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"p1\"><a href=\"https:\/\/urdla.com\/blog\/remy-jacquieradvenances\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><i>Advenances<\/i><\/a> na\u00eet de l\u2019id\u00e9e classique de la rencontre des peintres (devenus plasticiens) avec les \u0153uvres litt\u00e9raires. En apparence l\u2019image (consid\u00e9rons ici la sculpture aussi dans sa dimension imaginaire) fabriqu\u00e9e par des mains est \u00e9loign\u00e9e de l\u2019image mentale, de la vue de l\u2019esprit que les mots construisent tant la mati\u00e8re de l\u2019une et de l\u2019autre semble relever de deux mondes s\u00e9par\u00e9s. Pourtant, \u00e0 s\u2019extraire d\u2019une pens\u00e9e de la sph\u00e8re, les liens, les connexions apparaissent et jalonnent l\u2019histoire de l\u2019art. Odilon Redon s\u2019est empar\u00e9 des textes de Poe, de Baudelaire et de Flaubert pour en restituer le vif et le tranchant dans des dessins et des lithographies que l\u2019on nomme <i>illustrations<\/i>. Il faut s\u2019entendre sur ce terme souvent d\u00e9valoris\u00e9 par une pratique \u00e9l\u00e9mentaire voire simpliste. Odilon Redon illustre ces auteurs, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il les lit et transporte la texture du texte dans une image qui n\u2019\u00e9vacue pas sa propre singularit\u00e9 de peintre et graveur. Il s\u2019agit d\u00e8s lors d\u2019une lecture, d\u2019une interpr\u00e9tation faite en image et qui fait image (qui fait sens).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"p1\">R\u00e9my Jacquier s\u2019attache dans sa pratique \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les jeux de langue qui prennent forme dans la plasticit\u00e9 des dessins et des volumes, par exemple son travail \u00e0 partir de la \u00ab\u00a0Lettre aux aveugles\u00a0\u00bb de Diderot, transcrite en de grands dessins qui se servent de la notation braille d\u00e9barrass\u00e9e de la tactilit\u00e9 puis transpos\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la correspondance du braille alphab\u00e9tique et musical en une partition. Lettre aux aveugles \u00e0 voir et \u00e0 entendre.<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Marc Pierret, depuis \u00ab\u00a0Donnant, Donnant\u00a0\u00bb (Christian Bourgois, 1968), construit ses romans sur un glissement similaire \u00e0 partir des mots qui servent l\u2019histoire racont\u00e9e. Le glissement se double : d\u2019une part le jeu de la lettre ou de la m\u00e9tonymie qui fait entendre un ailleurs, un autre sens qui sert ensuite au filage de la m\u00e9taphore. Sourire en coin chez l\u2019un et l\u2019autre qui contamine le lecteur et le regardeur attentif.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-5201 size-large aligncenter\" src=\"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/pierret2-588x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"588\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/pierret2-588x1024.jpg 588w, https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/pierret2-172x300.jpg 172w, https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/pierret2-768x1339.jpg 768w, https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/pierret2-881x1536.jpg 881w, https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/pierret2-1175x2048.jpg 1175w, https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/pierret2-1148x2000.jpg 1148w, https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/pierret2-1568x2733.jpg 1568w, https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/pierret2-scaled.jpg 1469w\" sizes=\"(max-width: 588px) 100vw, 588px\" \/><\/p>\n<p class=\"p1\">Pierret et Jacquier auraient pu se rencontrer, \u00e7a ne s\u2019est pas fait. Jacquier lit Pierret et go\u00fbte le style de l\u2019auteur en \u00e9cho au sien. \u00c0 la mort de Marc Pierret en 2017, URDLA avait abandonn\u00e9 la publication d\u2019ouvrages destin\u00e9s \u00e0 la librairie laissant l\u2019auteur n\u00e9 en 1929 sans \u00e9diteur apr\u00e8s les trois publications de \u00ab\u00a0Six mois apr\u00e8s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le Lymphome d\u2019Hazebelq\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Une Plume \u00e9patante\u00a0\u00bb qui furent, \u00e0 notre \u00e9chelle, des succ\u00e8s. Pourtant nous disposions d\u2019un texte ancien que Pierret s\u2019\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 quelques ann\u00e9es auparavant \u00e0 remanier, \u00e0 r\u00e9\u00e9crire pour le destiner \u00e0 la publication : \u00ab\u00a0La Vie hors-sac.\u00a0\u00bb Des dires de certains proches et de quelques \u00e9diteurs c\u2019\u00e9tait impubliable. Qui pourrait s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce texte qui met en regard le journal du p\u00e8re de Pierret, <i>le cahier Jupiter<\/i>, r\u00e9dig\u00e9 entre le 15 mai et le 3 septembre 1940 et celui du fils, 15 mai et 3 septembre 1975. Lorsque Pierret reprend ce vieux dossier, la France n\u2019a pas encore \u00e9lu un pr\u00e9sident qu\u2019on dira jupit\u00e9rien, il est fort \u00e0 parier qu\u2019il aurait une place dans l\u2019ouvrage.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\">URDLA ne publie plus de livres, mais la fabrication d\u2019images \u00e0 partir des techniques ancestrales de l\u2019image imprim\u00e9e mises au service du d\u00e9sir des artistes d\u2019aujourd\u2019hui demeure le c\u0153ur qui anime son activit\u00e9. D\u00e8s lors confier \u00e0 R\u00e9my Jacquier le projet d\u2019illustrer \u00ab\u00a0La Vie hors-sac\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une exposition paraissait d\u2019\u00e9vidence. Il est entendu que la vis\u00e9e n\u2019est pas un livre illustr\u00e9 (ni les gravures, ni des photographies de l\u2019exposition ne seront reproduites dans l\u2019ouvrage \u00e9dit\u00e9 sous peu par les \u00c9ditions Hippocampe), mais bien de manifester \u00e0 la fois l\u2019\u00e9cart irr\u00e9ductible entre la litt\u00e9rature et les arts plastiques et la proximit\u00e9 des cr\u00e9ations <i>cosa mentale <\/i>non seulement en d\u00e9pit de cet \u00e9cart, mais gr\u00e2ce \u00e0 lui.<\/p>\n<p class=\"p1\">R\u00e9my Jacquier s\u2019est mis au travail sur quatorze gravures plus une avec les techniques m\u00eal\u00e9es d\u2019eau-forte, d\u2019aquatinte et de pointe s\u00e8che qu\u2019il affectionne (pour preuve l\u2019important catalogue d\u2019estampes dont URDLA dispose et qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9es depuis 1998). Pourtant contrairement \u00e0 son accoutum\u00e9e ce n\u2019est pas dans la structure m\u00eame de la langue de Pierret qu\u2019il est all\u00e9 cherch\u00e9 les motifs de d\u00e9part. Sans aucun doute parce que le travail que Pierret impose \u00e0 la langue est dans une trop grande proximit\u00e9 avec celui, plastique, de Jacquier. Aussi c\u2019est dans les motifs du r\u00e9cit qu\u2019il choisit ses points d\u2019accroche d\u00e9pliant dans la possibilit\u00e9 de l\u2019infini le double et le rebond. Le double du journal du p\u00e8re et du fils est inscrit dans le format des plaques de cuivre qui est celui des carnets de croquis de Jacquier. La binarit\u00e9 de l\u2019encre : noire et rouge \u00e9voque l\u2019outil que l\u2019artiste utilise dans ses carnets : le stylo \u00e0 bille ; mais aussi la couleur des enveloppes tamponn\u00e9es d\u2019un \u00ab\u00a0Hors-sac\u00a0\u00bb noir par Pierret p\u00e8re pour l\u2019envoi de ces articles \u00e0 <i>La Croix du nord<\/i>. Le glissement m\u00e9tonymique qui rend possible la m\u00e9taphore s\u2019aper\u00e7oit dans le mouvement de l\u2019image au titre par exemple : \u00ab\u00a0H. S.\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0D\u00e9finitivement H. S.\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Hors service\u00a0\u00bb ou bien \u00ab\u00a0R\u00e9seau 466.\u00a0\u00bb La tentative est de r\u00e9aliser un \u00e9quivalent du texte avec la s\u00e9rie, ainsi ne se cl\u00f4t-elle pas mais se boucle-t-elle \u00e0 la mani\u00e8re de certaines des compositions de Bach, \u00ab\u00a0L\u2019Offrande musicale\u00a0\u00bb, en une boucle infinie : c\u2019est \u00e0 partir d\u2019une fugue que Friederich-le-Grand lui a jou\u00e9 que Bach compose en canon son offrande (glissement et rebond). Dans un autre registre on pense aux boucles infinies d\u2019Escher.<\/p>\n<p class=\"p1\">Nous laisserons les regardeurs de l\u2019exposition et les lecteurs du livre \u00e0 venir rep\u00e9rer comment Pierret et Jacquier savent faire accueil \u00e0 la contingence qui bruisse dans la langue au-del\u00e0 de la seule s\u00e9rie des gravures puisque l\u2019exposition pr\u00e9sente de grands dessins au fusain, des volumes et des dessins au pastel. Le titre de l\u2019exposition, choisi par R\u00e9my Jacquier, <i>Advenances<\/i>, indique ce faire avec ce qui advient, avec ce coup agr\u00e9able ou non mais qui n\u00e9cessite d\u2019\u00eatre lu. \u00ab\u00a0C\u2019est la seule rue. Elle divise Lussas entre le nord et le sud. Elle est coup\u00e9e \u00e0 angle droit par la route de Darbres \u00e0 Lavilledieu qui longe l\u2019\u00e9glise fond\u00e9e au sixi\u00e8me si\u00e8cle par Saint Venance ; deux fois reconstruite, au douzi\u00e8me puis au dix-neuvi\u00e8me&#8230;<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>\u00bb L\u2019<i>avenance<\/i>. Ce qui advient. Dans cette acception, je trouve ce substantif f\u00e9minin chez Nicole de La Chesnaye, un \u00e9crivain contemporain de Villon&#8230; Ce qui advient ? <i>La vie hors sac. <\/i>Un projet de livre d\u2019abord, qui s\u2019est appel\u00e9 <i>L\u2019Ordinaire comateux, <\/i>pr\u00e9sent\u00e9 en 1975 au Centre national des lettres. Puis un gros manuscrit informe, deux fois reconstruit lui aussi, laiss\u00e9 en vacance plusieurs d\u00e9cennies et repris \u00e0 nouveau. Vous allez voir comment.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Advenances na\u00eet de l\u2019id\u00e9e classique de la rencontre des peintres (devenus plasticiens) avec les \u0153uvres litt\u00e9raires.<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":5052,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[12],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5188"}],"collection":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5188"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5188\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5199,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5188\/revisions\/5199"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5052"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5188"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5188"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5188"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}