{"id":388,"date":"2019-07-24T15:00:31","date_gmt":"2019-07-24T13:00:31","guid":{"rendered":"https:\/\/urdla.com\/blog\/?p=388"},"modified":"2019-07-25T11:26:25","modified_gmt":"2019-07-25T09:26:25","slug":"je-ne-crois-pas-au-paysage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/urdla.com\/blog\/je-ne-crois-pas-au-paysage\/","title":{"rendered":"Vedute"},"content":{"rendered":"<p>Sous l\u2019assertion de Fernando Pessoa, \u00ab Je ne crois pas au paysage \u00bb, la <a href=\"https:\/\/www.peintures-descours.fr\/\">Galerie Michel Descours<\/a> (Lyon) r\u00e9unit M\u00e9lanie Delattre-Vogt, Marc Desgrandchamps et <a href=\"https:\/\/urdla.com\/artiste\/160-khodja\">Fr\u00e9d\u00e9ric Khodja<\/a> pour une exposition en r\u00e9sonnance avec la Biennale d\u2019art contemporain de Lyon. Dans ce passage du \u00ab Livre de l\u2019intranquillit\u00e9 \u00bb, Pessoa r\u00e9cuse le lien romantique du paysage avec l\u2019\u00e9tat de l\u2019\u00e2me du regardeur. On sait le prix pay\u00e9 par l\u2019\u00e9crivain. D\u2019abord dans la difficult\u00e9 de tenir une position symbolique appuy\u00e9e sur le nom : en plus du sien propre, quatre h\u00e9t\u00e9ronymes principaux signent son \u0153uvre. Et puis sans recours \u00e0 la tension de l\u2019image, cette tentative de foncer droit sur le r\u00e9el, sans le cadre, c\u2019est-\u00e0-dire sans l\u2019apaisante limite que constitue le paysage, d\u00e9chaine les effets du r\u00e9el dans le corps.<\/p>\n<p>L\u2019assertion propos\u00e9e par la Galerie aux trois plasticiens s\u2019entend dans le d\u00e9pliement d\u2019une provocation : aujourd\u2019hui le premier mouvement est d\u2019y souscrire. Pourtant les r\u00e9ponses de M\u00e9lanie Delattre-Vogt, de Marc Desgrandchamps et de Fr\u00e9d\u00e9ric Khodja au questionnaire qui constitue le catalogue de l\u2019exposition indiquent l\u2019\u00e9cart fondamental entre croire le paysage, s\u2019y ab\u00eemer et y croire. Chacun livre une exp\u00e9rience infantile du paysage inscrite dans la m\u00e9moire, poursuivant le sillon ouvert par Freud des premi\u00e8res impressions de l\u2019enfance. De chacun de ces trois mythes \u00e9merge \u00e0 la fois un objet qui vient trouer le paysage en m\u00eame temps qu\u2019il le r\u00e9v\u00e8le et dessine une structure qui encadre et ouvre \u00e0 la narration. \u00c0 ce point divergent les chemins que chacun parcourt.<br \/>\nM\u00e9lanie Delattre-Vogt n\u2019embrasse pas le paysage dans sa totalit\u00e9, mais s\u2019attache aux \u00e9l\u00e9ments qui le constitue : l\u2019ensemble tient du un par un. D\u00e8s lors, il appara\u00eet de l\u2019entretien du dessin\u00e9 et du vide \u2013 ce qui n\u2019est pas sans lien avec sa formation de musicienne : la note s\u2019entend sur un fonds de silence, la pr\u00e9sence de l\u2019absence. Pour Marc Desgranchamps, l\u2019appui sur les lignes, souvent verticales, permet d\u2019attraper quelque chose de ce qui se pr\u00e9sente, qu\u2019il en reste quelque chose sur un mode que C\u00e9zanne \u00e9voque : \u00ab il n\u2019y a qu\u2019une route pour tout rendre, tout traduire : la couleur. \u00bb Quant \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric Khodja, c\u2019est la fiction qui le vise : qu\u2019est-ce qui se dit dans ce qui s\u2019agence ? Il \u00e9voque l\u2019usage du chinois en cuisine, du filtre des \u00e9l\u00e9ments une fiction s\u2019\u00e9crit.<\/p>\n<p>Ces trois pratiques ne sont pas antinomiques, chacun manifeste que le paysage n\u2019est pas un reflet de l\u2019\u00e2me dans le sens o\u00f9 le reflet induit des lieux s\u00e9par\u00e9s par ce qui permet la r\u00e9flexion. Le paysage se constitue dans une topologie du continu. Il n\u2019est pas question d\u2019un dedans (l\u2019\u00e2me) et d\u2019un dehors (la nature). Le paysage tient du regardeur, sans le point aveugle du regard, il s\u2019\u00e9croule. Chacun invite, chacun avec ses modalit\u00e9s, \u00e0 apprendre \u00e0 voir (n\u2019est-ce pas la propre des plasticiens ?), \u00e0 faire exister le paysage, \u00e0 le tenir devant soi. \u00ab Avec des paysans, tenez, j\u2019ai dout\u00e9 parfois qu\u2019ils sachent ce que c\u2019est qu\u2019un paysage, un arbre, oui \u2013 disait C\u00e9zanne \u00e0 Joachim Gasquet \u2013 \u00c7a vous para\u00eet bizarre. [\u2026] mais que les arbres sont verts, et que ce vert est un arbre [\u2026] je ne crois pas que la plupart le sentent, qu\u2019ils le sachent, en dehors de leur inconscient utilitaire. Il faut sans rien perdre de moi-m\u00eame que je rejoigne cet instinct. \u00bb Et d\u2019\u00e9voquer Courbert qui pose son ton et demande ce qu\u2019il repr\u00e9sente-l\u00e0. On va voir ; ce sont des fagots. \u00ab Ainsi du monde, du monde vaste. Il faut pour le peindre dans son essence, avoir ces yeux de peintre qui, dans la seule couleur, voient l\u2019objet, s\u2019en emparent, le lient en soi aux autres objets. \u00bb C\u00e9zanne r\u00e9duit ce possible \u00e0 la couleur, ce qui n\u2019est pas le cas des trois plasticiens.<\/p>\n<p>Le mouvement demeure : voir pour nommer c\u2019est-\u00e0-dire lier le r\u00e9el irr\u00e9ductible \u00e0 la condition de l\u2019\u00eatre parlant. La question qui se pose au regardeur : \u00eates-vous pr\u00eat \u00e0 y croire\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous l\u2019assertion de Fernando Pessoa, \u00ab Je ne crois pas au paysage \u00bb, la Galerie Michel Descours (Lyon) r\u00e9unit M\u00e9lanie Delattre-Vogt, Marc Desgrandchamps et Fr\u00e9d\u00e9ric Khodja pour une exposition en r\u00e9sonnance avec la Biennale d\u2019art contemporain de Lyon. 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