{"id":3229,"date":"2020-04-15T11:28:12","date_gmt":"2020-04-15T09:28:12","guid":{"rendered":"https:\/\/urdla.com\/blog\/?p=3229"},"modified":"2020-04-22T15:39:55","modified_gmt":"2020-04-22T13:39:55","slug":"laxolotl-est-un-animal-laxolotl-est-un-humain-lea-bismuth","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/urdla.com\/blog\/laxolotl-est-un-animal-laxolotl-est-un-humain-lea-bismuth\/","title":{"rendered":"<i>L\u2019axolotl est un animal. L\u2019axolotl est un humain.<\/i>, L\u00e9a Bismuth"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\" style=\"text-align: center;\"><em>Notes sur Alain Tanner et Julio Cort\u00e1zar<br \/>\nVers la mi-avril 2020 &#8211; Quelque part<\/em><\/p>\n<p class=\"p1\">AXOLOTL :<br \/>\n<em>Larve d\u2019un reptile, larve de salamandre, originaire du Mexique.<\/em><br \/>\n<em>Son nom est azt\u00e8que, son visage l\u2019est aussi.<\/em><br \/>\n<em>Animal n\u00e9ot\u00e9nique, capable de se reproduire tout en restant juv\u00e9nile.<\/em><br \/>\n<em>L\u2019axolotl ne se m\u00e9tamorphosera jamais en adulte.<\/em><br \/>\n<em>L\u2019axolotl est capable de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer ses organes endommag\u00e9s par ses propres moyens.<\/em><br \/>\n<em>L\u2019axolotl est un animal r\u00e9volutionnaire enferm\u00e9 dans un aquarium.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"p1\">Je d\u00e9couvre l\u2019axolotl. Il est le personnage d\u2019un film d\u2019Alain Tanner. C\u2019est un homme, dans une chambre d\u2019h\u00f4tel, \u00e0 Lisbonne. Un homme qui filme le monde \u00e0 travers sa petite cam\u00e9ra. Un homme qui cherche \u00e0 d\u00e9finir sa propre libert\u00e9. L\u2019axolotl est enferm\u00e9 dans un aquarium, il est incapable de communiquer, mais n\u00e9anmoins il a des yeux pour voir. Alors, il regarde de ses petits yeux le monde \u00e0 travers la paroi vitr\u00e9e. Il regarde et il voit. Il nous regarde le regardant.<\/p>\n<p class=\"p1\">J\u2019ai d\u00e9couvert l\u2019axolotl sous la plume de Julio Cort\u00e1zar. Le narrateur va tous les jours regarder le peuple d\u2019axolotls dans l\u2019aquarium du Jardin des Plantes. Il ne peut plus s\u2019en passer. Il en devient obs\u00e9d\u00e9. Les axolotls, sa raison de vivre, ou plut\u00f4t son seul contact avec le vivant. Le peuple de cr\u00e9atures incarne d\u00e9sormais sa famille, ses amis, ses compagnons d\u2019immobilit\u00e9. La nouvelle de Cort\u00e1zar est tendue, presque comme une confession ou un r\u00e9cit de r\u00eave. Elle raconte une trajectoire, une rencontre, une m\u00e9tamorphose paradoxale. Une reconnaissance a lieu : \u00ab quelque chose me liait \u00e0 eux, quelque chose d\u2019infiniment lointain et oubli\u00e9 \u00bb. Le narrateur se red\u00e9couvre en l\u2019animal, en sa propre pr\u00e9histoire, dans le visage de ces multiples doubles, de ces foetus stagnants derri\u00e8re les vitres de verre.<\/p>\n<p class=\"p1\">Dans le film <i>Dans la ville blanche<\/i>, le personnage de l\u2019homme \u00e0 la cam\u00e9ra est compar\u00e9 \u00e0 un axolotl, pour sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00ab abolir l\u2019espace et le temps par une immobilit\u00e9 pleine d\u2019indiff\u00e9rence \u00bb. Cet homme \u00e9crit des lettres \u00e0 une amante lointaine. Il voudrait des vacances sans fonction, un temps sans attache. Simplement, \u00eatre l\u00e0. Simplement \u00eatre. Simplement. \u00c0 la diff\u00e9rence de l\u2019animal dans l\u2019aquarium, lui, il peut sortir dans la rue, il a conserv\u00e9 sa libert\u00e9 de mouvement. Alors, il sort. Et, alors, in\u00e9vitablement, en sortant, il marche, il entre dans un bar, il boit, il danse, il tombe amoureux. Il n\u2019a pas pu rester dans sa chambre-aquarium. Durant toute la dur\u00e9e du film, il cherchera la mer, la mer qu\u2019il a quitt\u00e9e en quittant son navire. Il a besoin de l\u2019eau, de cet aquarium fait pour les humains, de cette usine qui flotte, de son navire qui rend fou. Car, il est \u00e0 la fois humain et axolotl, c\u2019est sa qualit\u00e9 \u00e9trange, le doute qui le mine, la cause de sa d\u00e9tresse.<\/p>\n<p class=\"p1\">Lorsque je regardais le film de Tanner face \u00e0 l\u2019\u00e9cran plasma de mon ordinateur, j\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre face \u00e0 un aquarium, pr\u00e9cis\u00e9ment celui de Cort\u00e1zar au Jardin des Plantes. Je regardais la paroi lumineuse et ne pouvais d\u00e9tacher les yeux de la silhouette de l\u2019homme. Cet homme, on peut aussi le d\u00e9crire comme celui qui ne veut rien, abolissant l\u2019espace et le temps par son immobilit\u00e9 pleine d\u2019indiff\u00e9rence. Il est sans vouloir, sans perspective, sans avenir, m\u00eame s\u2019il a gard\u00e9 un peu de son pass\u00e9. Il flotte, l\u00e0, devant moi, et me regarde.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le sourire de l\u2019axolotl me parle d\u2019une vie diff\u00e9rente, d\u2019une autre fa\u00e7on de sourire. Je regarde un aquarium, et je suis dans un aquarium, mais moi, qui me regarde ?<\/p>\n<p class=\"p1\">\u00catre \u00e0 la fois humain et axolotl, telle est la question qui travaille ces deux oeuvres. Tant\u00f4t capable de mouvement, tant\u00f4t incapable de parole. Ou bien\u2026 Ou bien. La vitesse ou l\u2019immobilit\u00e9. La d\u00e9cision ou l\u2019oubli. L\u2019\u00e9tendue de la mer ou l\u2019\u00e9troitesse du cube de verre. Peut-on pers\u00e9v\u00e9rer dans son \u00eatre en restant immobile ?<\/p>\n<p class=\"p1\">Le narrateur de Cort\u00e1zar, devenu axolotl, se met \u00e0 r\u00eaver que l\u2019homme derri\u00e8re la paroi vitr\u00e9e inventera un conte \u00e0 son propos : \u00ab <i>cela me console de penser qu\u2019il va peut-\u00eatre \u00e9crire quelque chose sur nous <\/i>\u00bb. Je crois qu\u2019il a raison qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule consolation : regarder de si pr\u00e8s l\u2019axolotl que l\u2019on devint axolotl, puis, une fois devenu axolotl, attendre, attendre d\u2019\u00eatre regard\u00e9 comme un axolotl par un autre, qui le deviendra \u00e0 son tour. C\u2019est certainement de cette mani\u00e8re que les vrais d\u00e9sirs, ou les oeuvres authentiques, se transmettent. Depuis l\u2019axolotl produire un texte, \u00e9crire pour dire l\u2019axolotl, \u00e9crire \u00e0 la place de l\u2019axolotl afin de restituer le royaume oubli\u00e9 des petites cr\u00e9atures aux branchies l\u00e9g\u00e8res et roses. Rester double, \u00e0 la fois axolotl et humain.<\/p>\n<p class=\"p1\">Comment l\u2019axolotl pourrait-il se mettre \u00e0 parler ? Imaginons-le prendre la parole. Il dirait un peuple enfoui, un temps qui n\u2019est pas celui des adultes, une puissance larvaire qui n\u2019aurait rien \u00e0 prouver, sans ambition ni pourquoi. L\u2019axolotl accepte son incompl\u00e9tude. C\u2019est depuis son corps esquiss\u00e9 qu\u2019il parle, et qu\u2019il invente sa langue neuve.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-3234 alignnone\" src=\"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/853e558546a9c36f8dceb20650e30fc5.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"534\" srcset=\"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/853e558546a9c36f8dceb20650e30fc5.jpg 800w, https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/853e558546a9c36f8dceb20650e30fc5-300x200.jpg 300w, https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/853e558546a9c36f8dceb20650e30fc5-768x513.jpg 768w, https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/853e558546a9c36f8dceb20650e30fc5-272x182.jpg 272w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Notes sur Alain Tanner et Julio Cort\u00e1zar<br \/>\nVers la mi-avril 2020 &#8211; Quelque part<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":3249,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[12],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3229"}],"collection":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3229"}],"version-history":[{"count":23,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3229\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3505,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3229\/revisions\/3505"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3249"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}