{"id":2901,"date":"2011-05-14T13:12:19","date_gmt":"2011-05-14T11:12:19","guid":{"rendered":"https:\/\/urdla.com\/blog\/?p=2901"},"modified":"2020-04-09T17:14:14","modified_gmt":"2020-04-09T15:14:14","slug":"vedute-selection-croisee-de-paysages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/urdla.com\/blog\/vedute-selection-croisee-de-paysages\/","title":{"rendered":"<i>Vedute<\/i>"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><strong><em>\u00ab Mon regard p\u00e9n\u00e8tre<br \/>\n<\/em><\/strong><strong><em>Dans la boule de verre, et le fond transparent<br \/>\n<\/em><\/strong><strong><em>Se pr\u00e9cise ; ma main, en remuant, le rend,<br \/>\n<\/em><\/strong><strong><em>Malgr\u00e9 ma volont\u00e9, fugitif et peu stable;<br \/>\n<\/em><\/strong><strong><em>Il repr\u00e9sente une plage de sable<br \/>\n<\/em><\/strong><strong><em>Au moment anim\u00e9, brillant ; le temps est beau ; \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><em>Raymond Roussel, La Vue, 1904<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La production industrielle de la peinture en tube permit aux peintres de sortir de l\u2019atelier, de peindre sur le motif, r\u00e9unissant ainsi le sujet du tableau et le lieu m\u00eame de sa r\u00e9alisation. La technologie d\u2019aujourd\u2019hui offre \u00e0 quiconque depuis un \u00e9cran d\u2019ordinateur une balade virtuelle \u00e0 travers une parcelle agricole, une grande avenue am\u00e9ricaine ou une curiosit\u00e9 topographique situ\u00e9e \u00e0 l\u2019autre bout du monde. La compilation de centaines de millions de photographies disponibles sur l\u2019Internet, la repr\u00e9sentation normalis\u00e9e de ces points du monde par des m\u00e9thodes de captation constantes et par une codification formelle, dessinent le cadre strict de la fen\u00eatre \u00e0 travers laquelle nous voyons le monde : Magritte ouvrait la voie en 1933 et nous sugg\u00e9rait avec <i>La Condition humaine <\/i>de ne pas fixer le doigt pour voir la lune.La tentative imaginaire de ma\u00eetrise du visible et de l\u2019espace s\u2019oppose frontalement \u00e0 l\u2019histoire de la peinture de paysage qui, au contraire, pr\u00e9sente le plus souvent l\u2019individu dans une position de fragilit\u00e9, d\u00e9sorient\u00e9 par des sentiers tortueux et incertains, pris au pi\u00e8ge d\u2019un th\u00e9\u00e2tre naturel dont il n\u2019est qu\u2019atome ou fragment.<\/p>\n<p>Genre pictural qui devient autonome au d\u00e9but du XVIe si\u00e8cle, au moment m\u00eame o\u00f9 le terme appara\u00eet en po\u00e9sie (Jean Molinet, 1493), le paysage est le lieu de l\u2019\u00e9trange, de la pr\u00e9carit\u00e9, du sentiment exacerb\u00e9, le cadre favorable \u00e0 l\u2019examen des passions ou des questionnements relatifs au lien entre l\u2019homme et la Nature. D\u00e8s son origine, le terme <i>paysage <\/i>d\u00e9crit simultan\u00e9ment le morceau de r\u00e9el observable (\u00ab la chose en soi \u00bb) et sa repr\u00e9sentation. Le regard particulier port\u00e9 sur un territoire, une \u00e9tendue ou un d\u00e9tail de la nature \u00e9tant ainsi assimil\u00e9 \u00e0 la composition picturale dans laquelle l\u2019artiste projette et \u00e9tablit une fiction souvent plus complexe qu\u2019un simple relev\u00e9 topographique. C\u2019est d\u2019ailleurs en pla\u00e7ant au centre de nos deux expositions la question de la vue et de la construction du regard que nous avons envisag\u00e9 d\u2019aborder le vaste th\u00e8me du paysage.<\/p>\n<p>La galerie Michel Descours, sp\u00e9cialis\u00e9e dans la peinture et le dessin anciens (XVIe-XXe si\u00e8cle), et l\u2019URDLA \u2013 Centre international estampe &amp; livre, imprimeur et \u00e9diteur, fond\u00e9e en 1978 par Max Schoendorff, s\u2019associent pour l\u2019occasion afin de faire dialoguer des \u0153uvres provenant de leurs deux fonds constitu\u00e9s de mani\u00e8re autonome depuis plus de trente ans. L\u2019espace de la rue Auguste-Comte met en relation une s\u00e9lection d\u2019estampes contemporaines et d\u2019\u0153uvres anciennes articul\u00e9es autour de diff\u00e9rentes facettes de la notion de paysage, tandis que l\u2019atelier villeurbannais d\u00e9veloppe un tr\u00e8s large panorama comptant plusieurs approches esth\u00e9tiques, formelles ou intellectuelles, de la <i>veduta <\/i>contemporaine. Ce terme italien renvoie \u00e0 la fois \u00e0 la vue comme perception physique, faisant naturellement allusion aux tableaux compos\u00e9s de Canaletto ou Bellotto, mais il \u00e9voque \u00e9galement l\u2019id\u00e9e, le projet, la \u00ab vue de l\u2019esprit \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une conception mentale et th\u00e9orique du paysage.<\/p>\n<p>\u00ab <i>Ferme ton \u0153il physique, afin de voir ton tableau avec l\u2019\u0153il de l\u2019esprit. <\/i>\u00bb en une formule, Caspar David Friedrich pose les jalons d\u2019enjeux passionnants autour de la perception du paysage et du m\u00e9canisme de construction du regard port\u00e9 sur la r\u00e9alit\u00e9. Dans <i>La Femme \u00e0 la fen\u00eatre <\/i>(1822), l\u2019artiste allemand, pr\u00e9curseur du Romantisme, propose une mise en sc\u00e8ne exemplaire de la qualit\u00e9 du regard et de son caract\u00e8re polymorphe. Une femme de dos, dans un int\u00e9rieur, contemple un paysage que le regardeur devine \u00e0 peine. La composition du tableau le contraint \u00e0 imaginer le paysage qu\u2019elle a devant les yeux. \u00ab <i>L\u2019artiste ne doit pas peindre seulement ce qu\u2019il voit devant lui, mais ce qu\u2019il voit en lui. <\/i>\u00bb Friedrich met en garde : c\u2019est de l\u2019int\u00e9rieur, \u00e0 travers un cadre, qu\u2019il nous est possible d\u2019acc\u00e9der au paysage. Cet exemple pointe la complexit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9coupe de l\u2019image. Qu\u2019il soit panoramique ou concentr\u00e9 sur un motif sp\u00e9cifique, le paysage est une extraction tr\u00e8s subjective du visible dont la coh\u00e9rence peut \u00eatre assur\u00e9e par la convocation d\u2019effets naturalistes, de d\u00e9tails symboliques ou de fragments de m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Le paysage est une machine \u00e0 penser. Un dispositif qui marque pr\u00e9cis\u00e9ment un point de vue, une forme de regard, susceptible de troubler le spectateur, de le faire douter, de l\u2019emp\u00eacher de voir, ou au contraire de lui offrir la possibilit\u00e9 de percer un \u00e9cran transparent et profond, un terrain propice \u00e0 la r\u00eaverie et \u00e0 la divagation.<\/p>\n<p>Une exposition est une prise de position, la spatialisation d\u2019un engagement intellectuel sur un sujet. en 1936, par exemple, le directeur du MoMA de New york (Alfred Barr) organise une importante exposition intitul\u00e9e \u00ab Fantastic Art, Dada, Surrealism \u00bb, mettant en relation les avant-gardes, la modernit\u00e9 et des \u0153uvres appartenant \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019art. L\u2019objectif affich\u00e9 \u00e9tait de d\u00e9terminer des ant\u00e9c\u00e9dents \u00e0 l\u2019art moderne et de l\u00e9gitimer des pr\u00e9occupations surr\u00e9alistes avec des \u0153uvres de Bosch, de Goya, de Redon. Depuis quelques ann\u00e9es, les mus\u00e9es nationaux tels que le Louvre (\u00ab Contrepoint \u00bb) ou orsay (\u00ab Correspondances \u00bb) ont organis\u00e9 plusieurs expositions juxtaposant des \u0153uvres anciennes et des productions contemporaines. Cette pratique vise \u00e0 faire vibrer des objets ou des images ancr\u00e9s dans des temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes et \u00e0 proposer des lectures renouvel\u00e9es d\u2019\u0153uvres parfois trop encadr\u00e9es ou enferm\u00e9es dans leur propre contexte. Avec <i>Vedute<\/i>, nous inaugurons un cycle d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui s\u2019inscrit dans la lign\u00e9e de ces pratiques institutionnelles car nous sommes attach\u00e9s aux passerelles entre les \u00e2ges. Nos pr\u00e9occupations relatives \u00e0 la question du regard ou \u00e0 \u00ab la vue \u00bb sont ainsi prolong\u00e9es par une confrontation transgressant la chronologie : le d\u00e9bat sur le regard n\u2019est pas seulement intrins\u00e8que aux \u0153uvres mais suscite \u00e9galement des interrogations \u00e0 propos des liens agissant entre elles. Pour reprendre les mots de johann wolfgang von Goethe, l\u2019exposition doit faire \u00e9merger des \u00ab affinit\u00e9s \u00e9lectives \u00bb et d\u00e9montrer des proximit\u00e9s entre les objets pr\u00e9sent\u00e9s, sur le plan tant formel qu\u2019intellectuel.<\/p>\n<p>Les salles de la galerie sont ponctu\u00e9es de courtes s\u00e9quences qui permettent d\u2019envisager plusieurs sous-th\u00e8mes : le plan et la profondeur, la nature d\u00e9taill\u00e9e, le r\u00eave, le clair- obscur&#8230; Les propositions de mise en relation r\u00e9pondent \u00e0 diff\u00e9rentes logiques : \u00e9chos plastiques, correspondances iconographiques, allusions donn\u00e9es par le titre.<\/p>\n<p>Le volet pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019URDLA s\u2019ouvre quant \u00e0 lui avec deux h\u00e9liogravures de jean-Lucien Guillaume : les yeux de l\u2019artiste d\u00e9barrass\u00e9 de sa myopie fixent le visiteur et l\u2019enjoignent de d\u00e9poser le regard avant d\u2019entrer dans l\u2019exposition.<\/p>\n<p>La publication qui accompagne <i>Vedute <\/i>ne tentera pas de circonscrire le paysage et la vue contemporaine par les voies th\u00e9oriques ; nous lui avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 la litt\u00e9rature. L\u2019extrait du <i>Salon de 1767 <\/i>de Denis Diderot met en sc\u00e8ne une promenade\u00a0dans une peinture de Claude joseph Vernet : pr\u00e9texte au d\u00e9veloppement de propos th\u00e9oriques sur l\u2019art et le paysage ; suivent deux textes in\u00e9dits de jean-Claude Silbermann et j\u00e9r\u00e9my Liron, r\u00e9cemment \u00e9dit\u00e9s \u00e0 l\u2019URDLA. Les contributions au catalogue invitent \u00e0 construire autrement les perspectives trac\u00e9es dans les expositions.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La production industrielle de la peinture en tube permit aux peintres de sortir de l\u2019atelier, de peindre sur le motif, r\u00e9unissant ainsi le sujet du tableau et le lieu m\u00eame de sa r\u00e9alisation<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":2902,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[7],"tags":[],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2901"}],"collection":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2901"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2901\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3076,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2901\/revisions\/3076"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2902"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2901"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2901"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/urdla.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2901"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}